Portrait • Dorine Hemery : Du rêve d’enfance à la réalité : une passionnée d’architecture

Désormais secrétaire nationale du FSEA, membre de Lis Avi, l’association d’alumni de l’ensa•m, Dorine Hemery, fraîchement diplômée en juin 2025, travaille comme monitrice dès la fin du mois d’août sur le workshop de rentrée. Son parcours universitaire, ses engagements associatifs, ses rêves… Portrait.

 

Dès son plus jeune âge, l’architecture a été un rêve pour cette jeune parisienne née en 2001. À seulement 8 ans, elle offrait à ses parents un plan de leur maison, un geste prémonitoire qui témoignait de sa passion pour l’architecture. En grandissant, elle a produit des élévations et des plans de chaque lieu où sa famille a vécu, intégrant ainsi son amour pour les espaces dans son quotidien « Nous avons beaucoup déménagé et j’ai fait des élévations et des plans des dix endroits où nous avons vécu ».

Son père, bricoleur aguerri, a également été une source d’inspiration. En voyant son père rénover des maisons, elle se souvient des moments passés à l’aider dans des projets, des petites tâches « comme passer des fils à travers des trous ». Ce mélange d’observation et de pratique a largement contribué à forger son désir de devenir architecte. « Pourtant, je n’avais personne dans ma famille qui exerçait cette profession, mais depuis toute petite, c’était mon rêve », précise-t-elle.

Lycéenne, elle a pris l’initiative de faire des stages non obligatoires pour découvrir le monde professionnel « afin de conforter mes choix ». En contact avec les agences d’architecture Crose CGZ à Vastia et Guerini-Girard, elle a exploré les différentes facettes de ce métier. Elle a obtenu son baccalauréat en 2019, avec une spécialisation en sciences économiques et sociales, et s’est renseignée sur les meilleures voies pour maximiser ses chances d’admission dans une école d’architecture. Sur la plateforme Parcoursup, elle a fait de l’École d’architecture de Marseille son premier choix. Installée sur l’île de beauté, elle a emménagé sur le campus de Luminy, où elle a vécu des expériences marquantes, notamment un bivouac sous une grande tente, qui, malgré son côté chaotique, a permis de renforcer les liens entre étudiants de licence.

Un investissement au sein des associations

Très vite, elle rejoint l’association du Bureau des Sports, remplaçant la professeur de fitness. Pendant trois ans, elle a dispensé des cours, tout en jonglant avec ses études et les petits boulots lui permettant de boucler les fins de mois : « C’était parfois cocasse, comme le jour de mon rendu de S1 où je travaillais le midi pour un magasin de vêtements… Ensuite j’ai été serveuse le soir, dans un restaurant italien, et tous les week-ends, ou presque, durant trois ans dans un établissement sur le Vieux-Port ». Parallèlement à ses études et son travail, Dorine s’investit également sur l’organisation d’événements associatifs, comme la première édition de TACT – l’une de ses contributions importantes- facilitant l’échange entre anciens et nouveaux étudiants.

Les défis ne manquaient pas. Pendant la pandémie de COVID-19, alors qu’elle s’apprêtait à rentrer chez ses parents, elle a fait le choix de se confiner chez une amie à Nice. Cette période a été marquée par des cours en ligne, souvent frustrants, mais elle a profité de l’occasion pour se familiariser avec la suite Adobe, une compétence qui s’est avérée précieuse. « Ce fut une période sombre, dure, mais désormais je préfère en rire » et elle ajoute, d’un air malicieux « en plus, j’ai eu la chance de ne pas contracter le Covid, alors… »

Le retour en présentiel à l’école a été une véritable bouffée d’air frais. Les retrouvailles sur le campus ont ravivé l’enthousiasme de ses camarades et permis de tisser des amitiés durables. Elle se souvient avec émotion d’une soirée plage inter-promos « C’est là que j’ai rencontré mes meilleurs amis. Tous diplômés aujourd’hui ».  En deuxième année, l’apprentissage est devenu plus concret « avec un projet sur un terrain vierge », une expérience qu’elle attendait avec impatience. Lorsqu’elle évoque « les charrettes », elle temporise « Je ne les ai pas mal vécues en fait…  il me faut du temps pour conscientiser les choses et j’y vais ensuite. C’était pour moi un choix : le stress de l’urgence me motive… Même s’il y a eu des moments où ce n’était pas vraiment facile », concède-t-elle.

Elle effectue ensuite un stage de six mois dans l’agence Marret – Fernandez à Marseille, où elle a l’opportunité d’apprendre et de se former aux côtés de professionnels, enrichissant ainsi son parcours académique « J’y ai appris de nombreuses choses, une première expérience intéressante. J’ai découvert le terrain, les chantiers ».

L’importance de prendre des initiatives

Sa curiosité l’a poussée à visiter le site de l’Ordre des architectes, où elle a appris l’importance de prendre des initiatives. « J’ai appris à faire taire ma timidité et oser demander à visiter certains sites ».  Pour renforcer sa confiance, on lui a proposé de présenter son stage lors d’une Pecha Kucha. Bien que l’oral lui semblât redoutable, Dorine a relevé le défi avec succès, « malgré une préparation insuffisante ».

Autre souvenir marquant lorsqu’elle évoque son cursus à l’ensa•m, son stage chez les Compagnons du devoir : une expérience marquante, marquée par des souvenirs festifs et des échanges féconds. Elle se souvient des croquis demandés par Carolina Garcia pour son rapport de stage et des discussions sur la collaboration entre architectes et ouvriers, soulignant l’importance du travail d’équipe en architecture.

En troisième année, son semestre avec Julien Monfort a été largement influencé par des projets et une mobilisation intense. Son passage dans le studio de projet de Laurent Hodebert lui a permis de découvrir des synergies entre urbanisme et paysage. Très engagée dans son rôle de monitrice, elle a contribué à l’atelier maquette et à des projets divers, tout en établissant des liens précieux avec des professionnels tels que Bruno Villard. Parallèlement, elle a également engagé des discussions sur la santé mentale et physique des étudiants en architecture, proposant des journées de décompression pour favoriser le bien-être.

Son implication au sein de la FSEA et d’autres associations témoigne de sa passion pour la pédagogie et l’entraide. « J’ai toujours aspiré à trouver un équilibre entre mes propres intérêts professionnels et l’exploration de nouvelles opportunités. Pour moi, la clé du succès réside dans la curiosité, l’ouverture d’esprit, et l’acceptation des échecs comme partie intégrante du parcours d’apprentissage. Il faut lire, voyager, oser, car chaque expérience, même difficile, contribue à la formation et c’est capital pour devenir un jour une professionnelle accomplie », renchérit-elle.

Elle a d’ailleurs découvert le site de son projet de fin d’études grâce à son monitorat pour le Workshop de rentrée dans lequel elle était monitrice « J’avais travaillé sur la cartographie, mais avec le workshop sur l’intensification métropolitaine, je me suis aperçue, en travaillant sur site, qu’il y avait une possibilité d’allier les deux, de travailler et continuer à investiguer le site de Port Saint-Louis du Rhône ». Et, en juin dernier, Dorine soutenait son PFE, qu’elle obtenait avec une note de 15/20.

Aujourd’hui, fraîchement diplômée, Dorine Hemery peut être fière de son parcours. La petite fille rêveuse est désormais une architecte en devenir. Sa capacité à rebondir face aux défis et son engagement dans ses études et associations témoignent de sa détermination et de sa passion pour un métier qu’elle a toujours voulu embrasser. Ces expériences lui ont non seulement forgé un caractère résilient, mais aussi un désir ardent de contribuer au monde de l’architecture, avec une vision claire de ses ambitions futures.

Portrait : Claudie GAUDIN