Juliette Randriamanjaka

L’éveil au Japon

  • Etudiant

De Kyoto à Tokyo, à travers un parcours d’expériences intenses et enrichissantes, Juliette, étudiante en troisième année à l’ensa•m, partage comment cette immersion profonde a bouleversé sa perception de l’architecture, de la culture et de ses propres horizons, en lui offrant un regard renouvelé sur l’ailleurs et sur soi-même.

 

À 21 ans, Juliette Randriamanjaka trace un parcours déjà singulier. Étudiante en troisième année à l’ensa•m, a choisi, après son baccalauréat, de suspendre le cours classique de ses études pour partir un an au Japon. Une expérience immersive, exigeante, qui a profondément marqué sa manière de penser l’architecture — et, plus largement, sa manière d’habiter le monde.

Lorsqu’elle évoque le pays du Soleil-Levant, Juliette nous confie d’emblée : "C’était un rêve ancien". Après avoir obtenu son baccalauréat scientifique en 2022, elle est admise en école d’architecture à Montpellier et Marseille. Marseille où sa sœur aînée poursuite déjà des études en architecture. Mais le choix de Juliette, avant que de se lancer dans les études, bifurque : "Je ne voulais pas enchaîner directement. J’avais besoin de partir, de voir autre chose".

Son choix se porte sur Kyoto. "Je cherchais le Japon traditionnel, une ville où l’histoire et l’architecture dialoguent encore au quotidien". Elle intègre la Kyoto Japanese Language School, après plusieurs mois d’apprentissage intensif du japonais. "Je suis partie sans vraiment connaître. C’était à la fois excitant et un peu vertigineux".

Très vite, l’immersion devient totale. Entre les cours de langue et la vie quotidienne, elle découvre une culture qu’elle n’avait jusque-là qu’effleurée. "La cérémonie du thé, les paysages, la manière d’habiter l’espace… tout était nouveau". L’élève au conservatoire de Lille, où elle joue de la flute à bec, en profite pour s’initier au shakuhachi, une flûte japonaise traditionnelle : "Le souffle est très particulier, comparable à celui de la flûte traversière, presque méditatif. Cela m’a beaucoup marquée".

Ce séjour agit comme un révélateur intellectuel. "Avant de partir, j’avais une vision très romantisée de la spatialité japonaise, nourrie par les livres". Mais la réalité du terrain nuance cette perception : "J’ai appris à la regarder de façon plus scientifique, plus concrète".

 

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Kyoto–Marseille : choc et complémentarité

Revenu pour sa première année en Licence 1, Juliette arrive à Marseille la veille du bivouac. L’adaptation n’est pas immédiate. "J’arrive alors dans une ville que je ne connais pas, ma sœur est absente, à Chypre pour son Erasmus". La jeune lilloise parle d’un "choc des cultures". "Je passais de Kyoto à Marseille, ville dont se dégageait une énergie complètement différente". Pourtant, elle s’y attache rapidement : "J’ai été séduite par le côté méditerranéen, la mer, l’atypisme de la ville". Elle continue la musique au conservatoire de Marseille mais aussi les cours en ligne pour l’apprentissage de la shakuhachi avec son professeur japonais. Chaque lundi, c'est un véritable marathon entre ses cours au conservatoire et ceux à l'école d'architecture.

Après sa deuxième année, elle décide de repartir au Japon pour un mois et demi l’été, dans le cadre d’une mobilité pour ses recherches personnelles. Lors de ce second séjour, à l’été 2025, Juliette intègre un laboratoire de recherche à l’université de Kyoto, dirigé par Thomas Daniell. "Avant de partir, j’ai préparé un projet de recherche, le dossier a été validé par l’Université de Kyoto. Il portait sur la spatialité japonaise et j’ai interviewé des architectes". Sur place, elle assiste aux projets des étudiants. "Ce qui m’a frappée, c’est la manière dont les recherches prennent forme : maquettes, mangas, discussions collectives…"

Elle évoque notamment un projet mené à Hiroshima, mêlant architecture et narration graphique, ou encore une collaboration avec l’université de Tokyo et l’agence Toyo Ito Associates. "J’ai pu assister aux restitutions finales à Tokyo. C’était une chance incroyable de voir ces échanges, ces débats".

De retour en France, l’influence japonaise se fait sentir dans son travail. "Je pense que mes projets ont une touche japonisante, même inconsciemment". Une sensibilité qui se traduit jusque dans ses résultats : elle obtient un 18/20 en atelier de projet en deuxième année.

Aujourd’hui, Juliette envisage de repartir. Un Erasmus à Budapest, un possible parcours en recherche ensuite, peut-être même un doctorat. "Alors lycéenne, j’avais participé à un projet de recherche, sur les interactions entre collégiens. J’ai pu voir comment était formulé une problématique, une recherche méthodologique nécessaire pour aboutir à des réponses". Depuis, elle rêve de mener de front architecture et recherche. Peut-être en lien avec l’étranger ? Elle reprend : "J'ai désormais une ouverture sur le monde et une vision différente de celle d'avant : un regard renouvelé. Mes deux expériences, séparées par trois ans, ont été distinctes, même si elles ont toutes deux eu lieu dans la même ville et dans le même appartement… Une maison partagée avec des Japonais et des étrangers. Je suis restée en contact avec eux, issus d'âges variés. Partie à 17 ans en étant la plus jeune, entourée de trentenaires ou plus, j'ai trouvé intéressant de rencontrer des personnes de différents horizons".

Car une certitude demeure : "Partir longtemps, c’est essentiel. Six mois, ce n’est pas suffisant. Il faut au moins un an pour vraiment comprendre un lieu". Et de conclure, comme un conseil autant qu’une conviction : "Voyager, ce n’est pas juste découvrir un pays. C’est accepter de changer de regard".

Claudie GAUDIN