Habilitation à diriger des recherches

de Ana Bela de Araujo, maîtresse de conférences en histoire et culture architecturales à l’ensa•m et chercheuse au laboratoire INAMA.

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Ana Bela de Araujo, maîtresse de conférences en histoire et culture architecturales à l’ensa•m et chercheuse au laboratoire INAMA, présentera son habilitation à diriger des recherches (HDR) intitulée « Pour une histoire incarnée de l’architecture. Acteurs, institutions et politiques en France au XXe siècle ».

À travers un travail articulé en trois volumes, elle propose une approche de l’histoire de l’architecture attentive aux acteurs, aux trajectoires individuelles et aux réseaux qui façonnent la discipline. Son mémoire de synthèse revient sur son parcours scientifique et ses recherches, notamment autour de l’œuvre d’Auguste Perret. Son mémoire inédit, consacré à l’émergence de la recherche architecturale en France entre 1965 et 1979, s’appuie notamment sur vingt-cinq entretiens avec des témoins de cette période. Enfin, son recueil de publications explore les liens entre création, théorie et pratique, politiques publiques de l’architecture et trajectoires professionnelles.

Cette habilitation défend une histoire de l’architecture qui croise archives, récits et témoignages pour éclairer les relations entre parcours individuels et transformations collectives.

Pour une histoire incarnée de l’architecture. Acteurs, institutions et politiques en France au XXe siècle

Le dossier comprend un mémoire de synthèse (146 p.), un mémoire de recherche inédit (334 p.) et un recueil de travaux et publications (400 p.). Ces trois volumes composant cette demande d'habilitation procèdent d’un même geste épistémologique, qui consiste à exhumer les fondements occultés précédant chaque acte bâtisseur ou scientifique. Empruntant à Gérard Noiriel la notion de « fils invisibles », le travail articule la genèse d’une œuvre, d’une institution ou d’une trajectoire personnelle aux conditions sociales, intellectuelles et affectives qui l’ont rendue possible, reconstituant ainsi les chaînes d’interdépendance entre individus.

L’exercice de l’égo-histoire retourne cette conviction en auto-analyse, assumant une forme de déterminisme biographique. Selon un découpage chrono-thématique couvrant une vingtaine d’années, le récit scientifique retrace l’itinéraire de l’auteure jusqu’à l’architecture, son entrée dans l’écriture de l’histoire, le "laboratoire" Perret (le travail sur l’œuvre et la figure de l’architecte ayant fonctionné comme un terrain d’apprentissage des métiers de la recherche et de sa diffusion), et l’ouverture interdisciplinaire qui a progressivement stabilisé ses options épistémologiques. Les égo-documents (mémoires, journaux intimes, correspondances) y sont pleinement admis comme matériaux à part entière, sans que soient ignorées ni leur part de fiction ni leur prétention incertaine à la vérité. Quatre fils de recherche s’y déploient : histoire culturelle de l’architecte, histoire politique et territoriale, sociohistoire, histoire des mentalités. La mise en récit rétrospective les révèle finalement noués autour d’une seule interrogation : comment les intentions et actes individuels se matérialisent-ils dans la grande Histoire ?

Le mémoire inédit intitulé « La recherche architecture en ses commencements », consacré à l’histoire de l’émergence de la recherche architecturale en France entre 1965 et 1979, prolonge cette méthode par un abord volontairement placé « à hauteur d’hommes et de femmes » plutôt que par le sommet institutionnel – complétant en cela les lectures administratives d’Éric Lengereau et celle des affiliations politiques proposée par Jean-Louis Violeau. Ce volume est composé de deux parties. D’abord un essai introductif, « La difficile conquête d’un territoire scientifique (1965-1979) » qui avance l’hypothèse que la mort de Le Corbusier en 1965 ouvre la voie à d’autres formes de recherche que la recherche par la création et s’achève avec le colloque de Marseille en mars 1979, considéré comme un évènement qui fonde et légitime la recherche architecturale, tout en incarnant une scission entre un enseignement de type professionnel et un enseignement de type universitaire, débat dont les écoles nationales supérieures d’architecture ne sont toujours pas sorties cinquante ans plus tard. Puis une deuxième partie rassemble une série d’entretiens, « Vingt-cinq récits d’entrée en recherche architecturale », menés pour la plupart auprès d’architectes et répartis en cinq familles (transfuges, passeurs institutionnels, fondateurs d’équipes, critiques et éditeurs, non-architectes ralliés). Les témoins y sont interrogés sur leur manière d’être « entrés en recherche », et leurs récits sont traités non comme une illustration mais comme un matériau premier, mis en regard des archives administratives et des publications de l’époque

Le recueil de publications est organisé en quatre grands ensembles thématiques : la création et le rapport théorie/pratique, le "laboratoire" que constituent les recherches et actions sur l’œuvre d’Auguste Perret, les politiques publiques de l’architecture et enfin les trajectoires d’acteurs en sociohistoire.

À travers ces trois volumes, cette habilitation défend ainsi une histoire de l’architecture attentive aux origines, aux réseaux et aux subjectivités, ainsi qu’une écriture de l’histoire qui n’oppose pas la rigueur documentaire à la dimension narrative, voire à la subjectivité littéraire, mais les tient délibérément ensemble.

Composition du jury 

  • Jennifer Buyck, Architecte, HDR, Professeure en Aménagement de l’Espace et Urbanisme, chercheur au Lab’URBA, Université Gustave Eiffel (examinatrice)
  • Catherine Deschamps, HDR, Professeure en Sciences Humaines et Sociales, ENSA Paris La Villette
  • Paul Landauer, Architecte, HDR, Professeur en Histoire et culture architecturales, chercheur à l’OCS/AUSser, ENSA Paris-Est (examinateur)
  • Nathalie Simonnot, Ingénieure de recherche, HDR, Directrice du LéaV, Ensap Versailles (rapportrice)
  • Simon Texier, HDR, Professeur en Histoire de l’art contemporain, Université de Picardie Jules-Verne (garant)
  • Nicolas Tixier, Architecte, HDR, Professeur en Théories et Pratiques de la Conception Architecturale et Urbaine, Chercheur au CRESSON, ENSA Grenoble (rapporteur)