Anne-Valérie Gasc

GASC Anne-Valérie

 

STATUT / Enseignant – Chercheur

Membre permanent du laboratoire Project(s) depuis 2015

voir la fiche enseignants

EMAIL : anne-valerie.gasc@marseille.archi.fr

LABORATOIRE DE RECHERCHE

Service : Laboratoire PROJECT(s)
Téléphone : 06 18 39 56 23
Enseignant : Oui

POSITIONNEMENT ET RECHERCHES EN COURS

POSITIONNEMENT

PRÉAMBULE

De manière générale, mon travail tisse un lien contradictoire entre les conditions d’apparition d’une oeuvre d’art et celles de la disparition de l’architecture.

Mon récent projet « Crash Box » par exemple, relève d’une expérimentation vidéo qui consiste à filmer des bâtiments démolis par foudroyage intégral depuis un point de vue intérieur, au plus proche des charges explosives. Les images ainsi capturées manifestent, dans le presque rien à voir de l’effondrement, l’échec du projet social porté par cette architecture de la reconstruction.

Mon nouveau projet « Les larmes du Prince » est basé sur une approche critique des stratégies de dissolution de l’architecture contemporaine. Depuis l’utopie d’une architecture de verre portée par la Gläserne Kette de Bruno Taut, en passant par l’esthétique ductile et transparente de l’architecture paramétrique, jusqu’à l’évanescence des «édifices-nuages», j’explore les fondements et questionne les limites de cette architecture de l’effacement ; j’invente les formes de son anéantissement.

1/ PROJET SCIENTIFIQUE

     1.1 / PROBLÉMATIQUE

Suite au traumatisme du 11 septembre 2001 notamment, le monde occidental semble avoir perdu foi en une architecture érectile et solide, d’apparence pérenne. Pléthore de projets architecturaux et urbains substituent aujourd’hui au Monument, vides et trous, miroirs d’eau, fumées, poussières et brouillards… Loin d’envisager le construit comme une garantie de visibilité et d’immortalité, le XXIe siècle serait plutôt celui des « édifices-nuages » pour reprendre le terme d’Hubert Damisch. Que l’on songe au Blur Building de Diller et Scofidio ou au Dustyrelief de François Roche par exemple, cette approche immatérielle de l’architecture relève souvent de projets événementiels à vocation spectaculaire. Mais c’est vite omettre que cette utopie d’une architecture invisible s’inscrit directement dans l’histoire de la Modernité.

Depuis le rêve d’une architecture de verre portée par la Gläserne Kette de Bruno Taut (1919-1920), en passant par l’esthétique ductile et transparente de la « blob architecture », jusqu’à l’évanescence et la fluidité des constructions dissoutes, il s’agit ici d’explorer les fondements et de questionner les limites de cette architecture de l’effacement. Se tisse le postulat selon lequel l’utopie de la dématérialisation architecturale, née au début du XXe siècle, n’a trouvé ses modalités d’épanouissement constructif qu’à l’heure de la conception numérique de l’architecture. Dès lors, alors que le XXIe siècle a accompagné l’écueil et la destruction des Grands Ensembles comme paradigmes de la rationalisation bétonnée de l’utopie Moderne, l’architecture paramétrique serait le fil qui se déroule à peine du fantasme, a priori obsolète, d’une architecture et d’un urbanisme de la transparence.

Pour autant, confrontée aux impératifs écologique et économique actuels, cette dissolution architecturale s’entend évidemment d’une autre manière : loin d’une immatérialité visuelle, c’est dans une nouvelle considération strictement temporelle qu’il faut l’envisager. Rappelons ici que Spatium est la racine étymologique du mot « espace ». Elle désigne une étendue autant qu’une durée et, en ce sens, concentre et rétablit une acception temporelle de l’espace comme de l’architecture. À l’heure où la révolution einsteinienne de l’espace-temps se renverse au profit d’une considération du temps-espace (nous n’habitons plus à 800 km mais à 3 heures de Paris quand nous sommes à Marseille par exemple), ce serait là l’ultime arrachement de l’architecture à son héritage Moderne : Ni à contre-temps, ni « accélérationniste » (Srnicek Nick et Williams Alex), l’architecture à venir se penserait-elle en temps réel ?

     1.2 / MÉTHODOLOGIE

 La recherche en Arts Plastiques a pour spécificité d’articuler un volet théorique (publication d’articles et d’ouvrages à teneur scientifique, recueil de travaux et rapport de synthèse) et un volet pratique (production et expositions d’œuvres plastiques, édition de livres d’artiste et publications plasticiennes).

Afin de nourrir conjointement ces deux aspects solidaires de ma recherche, sans adopter une posture « schizophrène » qui consisterait à théoriser ma propre production plastique, j’ai choisi de procéder à des entretiens écrits avec des personnalités (architectes, artistes et historiens de l’art et de l’architecture) dont le travail entre en résonnance avec ma problématique. Dès lors, chaque entretien en tant que posture créative, est à envisager comme une réponse pratique possible aux questionnements que posent mon œuvre plastique qui tisse un lien contradictoire entre les conditions d’apparition d’une œuvre d’art et celles de la disparition de l’architecture.

Au moment de l’écriture de ce texte, trois entretiens sont finis : « Mon architecture est une lettre d’amour » avec l’architecte Matthieu Poitevin – agence Caractère Spécial à Marseille – (entretien qui a donné lieu à la publication d’un article intitulé « Ça va rester comme ça ? » dans la revue Architecture d’Aujourd’hui du mois de décembre 2016), « L’Architecture inspirée de Philippe Rahm » avec l’architecte Philippe Rahm – agence Philippe Rahm architectes à Paris – (entretien qui doit paraître dans le prochain numéro spécial « Disparaître » de la revue Tête-à-tête en septembre 2017) et « L’Architecture des anges » avec l’architecte François Perrin – agence Air Architecture à Los Angeles. Plusieurs entretiens sont actuellement en cours d’écriture : l’artiste Marie Bovo – galerie Kamel Mennour à Paris – et les historiens de l’architecture Emmanuelle Chiappone-Piriou (sur les origines et les limites d’une approche immatérielle de l’architecture) et Aurélien Vernant (sur le travail de l’architecte Hans Hollein), tous deux chargés de la programmation au FRAC CENTRE, Fond Régional d’Art Contemporain spécialisé sur la relation art et architecture.

À ce titre, je me suis proposée responsable de la rubrique « Entretiens » au sein de la commission d’étude sur la prochaine revue en ligne de l’ENSA-M.

Outre leur publication dans un recueil inédit, l’ensemble de ces échanges écrits souhaite constituer le fil d’un programme de séminaire thématique intitulé « Spatium, l’Architecture comme laps de temps » qui doit avoir lieu les jeudi 31 août et vendredi 1er septembre 2017.

Enfin, cette rencontre transversale aimerait être articulée avec l’exposition personnelle de mon travail artistique (programmation en cours). En effet, dans le cadre du développement plastique de mon œuvre, la production récente de deux expositions personnelles (Les larmes du Prince en avril-juin 2016 à la galerie Gourvennec Ogor à Marseille et Le Bruit du silence de décembre à janvier 2017 à la galerie BILD de l’École d’art de Digne-les-Bains) a bénéficié d’une aide à la recherche plastique du CNAP (Centre National des Arts Plastiques). Le développement de ce projet artistique doit encore donné lieu à deux livres d’artiste et un ensemble de nouvelles apparitions (expositions personnelles et collectives, conférences) pour l’année 2017.

 

2 / IMPLICATIONS PÉDAGOGIQUES DU TRAVAIL DE RECHERCHE

      2.1 / Enseignement théorique

L’articulation de ma recherche avec mon enseignement théorique est évidente : mon cours magistral de S5 en AR2 – Histoire de l’art contemporain, intitulé « L’œuvre d’art à l’époque de sa dématérialisation », est au cœur des préoccupations qui soclent le projet de recherche que je développe actuellement. À partir du postulat qui reconnaît l’art contemporain comme une stratégie de dématérialisation de l’œuvre en tant qu’objet (Yves Michaud, L’art à l’état gazeux, 2003), le cours se développe selon une approche chronologique problématisée et critique qui va de l’invention du ready-made par Duchamp et de la quête du vide de Klein, en passant par la naissance de la performance (Fluxus, le Body Art…) et des procédures de l’art conceptuel (Kosuth, Wiener…), jusqu’à la dissémination de l’objet réalisé par le Pop Art.         

En guise de pendant à ce cours sur la dématérialisation de l’œuvre d’art, je vais réaliser cette année, au second semestre, deux interventions en master S8 – E (Cours de théorie), au sein du département La Fabrique de l’ENSA-M :

Cours 1 – L’Architecture immatérielle (2h)

Cours 2 – L’Architecture en temps réel (2h)      

      2.2 / Enseignement pratique

Par ailleurs, les problématiques comme le corpus d’œuvres plastiques et d’ouvrages théoriques qui construisent ma recherche sont à la source de nombre de propositions de travail en ateliers de premier cycle d’ATR (Arts et Techniques de la Représentation) dont je renouvelle les propositions chaque année.

À titre, d’exemple, le cours d’atelier de S4 en AR1 – Projet d’Art Contemporain, intitulé l’année dernière « L’espace vous intéresse ? Faisons le craquer. » (d’après une citation de Samuel Beckett dans L’innommable, 1953), proposait aux étudiants de répondre aux questions : Qu’est-ce qu’« être » dans un espace quand il est non matérialisé, non qualifié, non identifiable, non habitable ? Comment exprimer une spatialité quand elle relève d’une « non-architecture », d’un « non-lieu » ? Il s’agissait alors, à partir d’une liste de dix « (Anti)Chambres » (telles que nommées par l’architecte Estreban Restrepo Restrepo dans son ouvrage (Anti)Chambres – Les architectures fragiles dans l’œuvre de Samuel Beckett, 2015 : (Anti)Chambre hypothétique,  (Anti)Chambre tâtonnée, (Anti)Chambre vibrante, (Anti)Chambre orbitale, etc.), de travailler, par groupe de quatre étudiants, à la conception et activation d’une performance (étape 1) puis à la conception et réalisation d’une maquette plasticienne (étape 2).

Pour 2016-2017, ce même atelier par exemple, cette année intitulé « Architectures Fantôme », propose aux étudiants de concevoir un objet construit à partir d’un des huit énoncés de l’œuvre Pieces dedicated to George Maciunas, the Phantom architect qui rassemble des idées depuis les années 50 jusqu’au milieu des années 60 de l’artiste Yoko Ono.

Architecture Fantôme n°01 :

Construire une maison qui est transparente

seulement de l’extérieur (a)

seulement de l’intérieur (b)

Architecture Fantôme n°02 :

Construire une maison qui ne serve qu’à laisser entrer le clair de lune

Terrasse où l’on attrapera des coups de lune, tasses, étangs, baignoires pour être uniquement  emplis de clair de lune, etc.

(…)

Ces textes, cités ici à titre d’exemple, sont à la fois des œuvres et des idées pour des productions futures incluant le labyrinthe qu’elle réalise pour le John and Yoko Fluxfest en 1969-1970 et Amaze à l’Everson Museum or art en 1971. Ils fondent une approche conceptuelle et plastique du projet architectural sous sa forme la plus inventive possible.

L’enjeu de ma pédagogie, qu’elle s’exerce dans le champ pratique comme théorique, est, notamment, de réfléchir et d’ouvrir aux modalités d’expression de l’espace quand il est entendu comme contraire à la logique constructive et fonctionnelle qui préside usuellement à toute architecture. Autrement dit, en tant qu’enseignante-chercheur en Arts Plastiques, mon action au sein de l’ENSA-M, pose, en filigrane, la question fondamentale : qu’est-ce que l’Architecture ?

 

FORMATION UNIVERSITAIRE

2016 Les Larmes du Prince, Engagement dans une HDR (Habilitation à Diriger des Recherches) en Arts et Sciences de l’Art, sous la direction d’Anna Guilló – Université Aix-Marseille.

2005-2001 Doctorante en Arts et Sciences de l’Art, Option Arts Plastiques, Université Paris 1 Panthéon-Sorbonne, Paris.

2001-2000 Étudiante en DEA (Diplôme d’Études Approfondies) d’Arts Plastiques, Option : Recherches Fondamentales et Appliquées, Université Paris 1 Panthéon-Sorbonne, Paris.

1998-1994 Étudiante Normalienne, ENS (École Normale Supérieure) CACHAN, Département C : Arts et Création Industrielle, Cachan.

1994-1992 Étudiante en Classe Préparatoire à l’ENS (École Normale Supérieure) CACHAN, Département C : Arts et Création Industrielle, Lycée La Martinière-Terreaux, Lyon.

 

 

PUBLICATIONS RECENTES (2011-2016)

ARTICLES ET PUBLICATIONS D’ARTISTE

2017 « L’architecture inspirée de Philippe Rahm » in revue Tête-à-tête numéro spécial « Disparaître », Paris, à paraître en septembre 2017.

2016 « Ça reste comme ça ? », article écrit avec Matthieu Poitevin, in revue AA – Architecture d’Aujourd’hui, maison d’édition Archipress & Associés, Paris, décembre 2016.

2015 « Anne-Valérie Gasc » in Dimensions Variables : Artistes et Architecture, Pavillon de l’Arsenal, Éditions du Pavillon de l’Arsenal, Paris, 2015.

2013 « Ce qui nous échappe » in Le Salon #6 : La Vitesse, ESAL, Éditions de l’École Supérieure d’Art de Lorraine, Metz, 2013.

2013 « Some Belsunce Apartments » in Various Small Books, Editeur : MIT Press, New York, 2013.

 

LIVRE D’ARTISTE

2014 Various Small Sparks, Édition Florence Lœwy, Paris, 2014.

 

EXPOSITIONS PERSONNELLES (sélection)

2016

Le Bruit du silence, Galerie BILD de l’école intercommunale d’art IDBL, Digne-les-Bains (France).

Les larmes du Prince, Galerie Gourvennec Ogor, Marseille (France).

2015

Feu – Principe de contradiction, Les Mécènes du Sud, Foire ARTORAMA, Marseille.

2014

La Fuite, LOOP FAIR, Galerie Coullaud & Koulinsky, Barcelone (Espagne).

2013

Anne-Valérie Gasc – Photographe, RueVisconti, Paris.

Decazeville / 2012-08-01 / 11:00:00, CCC, Tours.

Overland (avec Gilles Desplanques), Florence Lœwy, Paris.

2009

Overflow (avec Gilles Desplanques), Centre Culturel de Pekarna, Maribor (Slovénie).

Overland (avec Gilles Desplanques), Galerie Plevnik-Kronkowska, Celje (Slovénie).

2008

Boum Blocs, VF Galerie, Marseille.

2006

Blockhaus, Le Vestibule de la Maison Rouge, Paris.

 

PRIX ET DISTINCTIONS EN RECHERCHE

2016 – Aide à la recherche plastique du CNAP (Centre National des Arts Plastiques)

 

Site web

www.documentsdartistes.org/gasc

www.galeriego.com